Si j’ai décidé d’apporter mon témoignage de maman solo à mon tour, c’est pour raconter mon parcours de vie. Et surtout pour que d’autres femmes ne fassent pas les mêmes erreurs que moi. Parce-que je trouve que notre justice est trop exigeante envers le parent qui s’occupe de son enfant. Et pas assez envers ceux qui les abandonnent. C’est ce que je veux expliquer avec mon témoignage de maman solo.

Depuis que je suis sur le groupe mère célibataire, je vois pleins de femmes qui essaient de créer des liens entre leur enfant et leur papa. Ou de maintenir après la séparation des liens existants. Je ne nie pas qu’il existe de bons pères, mais ceux-là prennent les choses en main. Et ils n’ont pas besoin qu’on leur force la main.

Témoignage de maman solo: je suis tombée enceinte en 2007.

J’avais seulement 20 ans et mon compagnon 27. J’étais alors étudiante en école de commerce et il tenait un salon de coiffure. Nous vivions ensemble depuis ma majorité.

Le papa de mon enfant était si heureux de ma grossesse qu’il a voulu partager son bonheur futur avec ses parents. Il est donc retourné dans sa ville d’origine pour les revoir puisqu’ils n’avaient plus de liens depuis longtemps. J’étais loin de m’imaginer que c’était l’étape de la fin. C’est à dire qu’à partir du moment ou il a renoué avec sa famille, ça allait tellement le bouleverser qu’il allait complètement dévier. C’est très long à expliquer le pourquoi du comment. Je sais seulement que son frère et lui ont grandi dans un climat de violences graves et qu’ils ont étés placés par les services sociaux en foyer.

Après ce placement qui lui a laissé des séquelles psychologiques, mon compagnon avait fait sa vie, avec quelques succès (création d’entreprise, par exemple). Et son frère était malgré tout retourné chez sa mère. Le père étant parti depuis longtemps et celle-ci ayant refait sa vie. J’ai connu mon compagnon bien des années plus tard. Alors qu’il avait coupé tout lien avec ses parents depuis près de 10 ans.

Je ne pouvais pas me douter de cette situation car il n’en avait jamais parlé.

Alors qu’il était un homme tranquille et travailleur, il s’est alors mis au fil des mois à avoir des fréquentations inquiétantes. Souvent des amis de son frère, avec un lourd passé carcéral.  Il a commencé par boire plus que de raison. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite puisqu’il buvait en cachette. Je retrouvais parfois des bouteilles vides ou pleines cachées dans la maison. Et quand je rentrais, il y avait une forte odeur de produits ménagers. Parfois il était couché dans le noir prétextant une migraine. Tout cela a fini par me mettre des doutes. Mais si j’en parlais, on se disputait et il se réfugiait pendant des jours dans le mutisme le plus absolu. Alors nous avons évité le sujet tant que cela a été possible.

Témoignage de maman solo: une grossesse terrible.

C’est pendant ma grossesse qu’il s’est mis à boire, mais aussi à être violent. C’est incroyable tout ce qui peut se passer en 9 mois. Vous pouvez prendre 15 kilos, un petit quelque chose passe dans votre ventre de l’état d’embryon à celui de bébé … et votre compagnon peut devenir un autre homme aussi !

Il a commencé à me frapper régulièrement, pour un oui ou pour un non. Un jour, j’ai trouvé des sachets d’amphétamines dans ses affaires. Ma décision était prise mais j’étais sous emprise. J’ai entamé l’écriture d’un carnet intime en ligne. quand je relis ce que j’ai écrit à cette période, je me rends compte que j’étais complètement sous sa coupe. Tout c’était passé tellement vite ! J’avais du mal à réaliser et à comprendre ce qui nous arrivait.

Témoignage de maman solo: notre enfant est né est c’est allé de mal en pire. 

Il prenait notre enfant dans les bras et le jetait en l’air pour jouer à le rattraper alors qu’il n’avait pas 3 mois. Le tout sous emprise d’alcool et de stupéfiants. Il me frappait alors que j’avais mon enfant dans les bras. Il ne rentrait pas le soir après le travail et réapparaissait à des heures indues. Toujours imbibé d’alcool ou de drogues. Ses nouveaux amis se moquaient de moi. Il ne m’était d’aucun soutien.

Témoignage de maman solo: je l’ai définitivement quitté lorsque notre fils a eu 9 mois.

Entre temps, j’avais quitté la maison. Je cherchais à le faire admettre en cure, à le faire suivre par un médecin … J’ai tenté beaucoup de choses et rien n’a marché. Il me prenait régulièrement mon argent, j’étais sans cesse dans le pétrin financier. On me voyait forte parce-que j’entamais pleins de démarches. Mais personne ne comprenais mon désespoir, et l’emprise qu’il avait sur moi malgré tout.

Je pardonnais trop facilement les coups parce que je l’avais connu différent et « incapable de violences ». Parce-que je le croyais « récupérable ». Et aussi parce qu’il me manipulait et savait quoi me dire pour que je continue à le soutenir. Lui laissant ainsi l’occasion de me soutirer de l’argent.

Témoignage de maman solo: après la séparation.

J’ai fais intervenir pleins de gens pour l’aider dans ses multiples galères. Quand il a eu besoin d’un logement, quand il a eu besoin d’un nouvel emploi et même quand il a eu besoin d’un avocat parce-qu’il était accusé (à raison) de dealer de la drogue. Et puis après pour qu’il obtienne des permissions de sorties quand il était en prison. Et moi, naive, je l’aidais. Pour ne pas que notre enfant puisse me reprocher de ne pas avoir aidé son père. Et parce que pour moi on avait construit une famille. Et que l’on peut ne plus être amoureux, et casser le couple. Mais le fait que je suis la mère et qu’il était le père devait perdurer. Et par conséquent la solidarité entre nous aussi.

Et puis j’avais des choses à lui demander. Des autorisations de sortie du territoire, des papiers à signer pour l’inscription à l’école … Bref, il y a plusieurs formalités que je ne pouvais pas faire seule, ou très difficilement. Ce qui a été d’autant plus vrai après l’accident de voiture que j’ai eu avec mon fils, alors que nous revenions du ski. Je n’étais pas responsable de l’accident. Nous avons failli y passer tous les deux. Moi surtout. Il en aurait eu la garde si cela était arrivé. Et il n’aurait pas pu s’occuper correctement de notre enfant si il m’était arrivé malheur.  Mais chaque « service » qu’il rendait à son fils était dûment marchandé.

En revanche, il ne venait jamais voir notre enfant. Il prenait soin de m’envoyer des tas de mails proposant de venir le voir, me demandait sans cesse des photos qu’il exhibait sur Facebook. Puis il faisait marche arrière par téléphone.

Témoignage de maman solo: et puis je me sentais coupable.

Tout le monde autour de moi me disait qu’il valait mieux un mauvais père que pas de père du tout. Plusieurs de mes amies m’ont raconté la malheur qu’elles avaient eu de ne pas avoir eu de père. Et la souffrance que cela avait engendré chez elles.J’ai aussi été conseillée par mon avocat qui me disait que le jour venu ou il demanderait des droits en justice, je devrais prouver son désintérêt pour notre enfant. Et que j’avais tout tenté de créer des liens entre eux. Cela impliquait qu’il ait toujours connaissance de notre adresse par exemple. De ne pas partir du pays.

Hors j’étais une brillante étudiante, j’ai été admise dans une grande université londonienne et mon avocat m’a dissuadée d’y aller. Par contre, son activité de dealer lui a fait voir du pays. Il a changé plusieurs fois de ville, s’est installé un temps à Amsterdam et un autre temps en Espagne. Pendant ce temps, je payais seule les dettes que nous avions contractées en commun.

Et puis un jour j’en ai eu assez, je suis partie avec mon fils et un homme. Nous nous sommes installés à Paris. J’ai trouvé un emploi en agence et mon fils était mieux soigné des séquelles de l’accident de voiture. J’ai eu un autre enfant.

Mon ex me demandait toujours des services que je lui rendais, la peur au ventre qu’il me reproche en justice mon déménagement. Et parce-que j’ai fait des faux en imitant sa signature quand la situation avec mon fils le nécessitait. Notamment sa situation médicale. Tout cela faisait que je ne pouvais pas le trainer en justice sans prendre de risques. Je me suis donc toujours passé de pension alimentaire et de tout le reste. Je vivais la peur au ventre.

Témoignage de maman solo: Bref la vie continuait bon gré-mal gré  …

Mon ami et moi étions très amoureux pendant 5 ans. Il a été un vrai père pour mon fils et pour notre fille. Mais lui me pressait pour que nous quittions le pays car il recevait régulièrement des propositions de mutation professionnelle. Et puis il ne pouvait devenir officiellement le père de mon fils. Et ça le minait en minait notre couple. Nous avons fini par nous séparer mais nous restons solidaires l’un envers l’autre. C’est un super papa, jusqu’à maintenant.

Avec tout cela, plus ma vie professionnelle qui a pris un tour intéressant, j’en avais presque oublié le vrai papa.

Un jour je me dis: « tiens, je n’ai plus de nouvelles ». Un petit tour sur Facebook plus tard, je me rends compte qu’il m’a supprimée de ses amis et qu’il a effacé toute trace de notre fils.

Alors oui, bien sûr c’est de mon point de vue un mal pour un bien. Mais il n’empêche que lorsqu’on regarde en arrière, on se dit que l’issue finale ne méritait pas tous les sacrifices passés. Toutes les précautions que j’ai du prendre, qui ont eu tant de répercussions sur mon propre avenir.

Si on résume bien:

J’ai raté l’opportunité d’étudier à l’Etranger, de suivre mon compagnon, je n’ai pas pu donner un nouveau père à mon fils, j’ai payé les dettes de mon ex (+ de 25000 euros), j’ai eu toute la charge mentale d’élever seule un enfant (surtout après l’accident) … Tout cela pour quelqu’un qui a juste reconnu mon fils.

Et comme quelqu’un me l’a dit avec justesse sur le groupe: pour une maman il n’est jamais agréable de voir son enfant être rejeté. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis déçue mais tout cela fait mal. Et je pense que mon témoignage de maman solo prouve que la justice en France permet beaucoup de choses aux papas qui n’assument pas … Est-ce que je suis la seule à le regretter?

 

 



4 Responses

  1. emilie at |

    Bonjour, j’ai 33 ans, j’ai connu comme toi la relation de couple violente et sous emprise d’alcool de la part de mon ex compagnon. J’ai une petite entreprise que je gère comme je peux les finances n’étant pas très importantes mais j’y arrive, j’ai rencontré un homme à la suite de ma relation et je suis repartie sur de bonnes bases, enfin c’est ce que je croyais au bout de quelques semaines de relations je suis tombé enceinte par accident, le père de l’enfant voulais absolument le garder.
    je me suis dis ça y est la vie me souris, je croyais au bonheur mais il y a 3 mois le père c’est mis à ne plus être présent du tout , je suis enceinte de plus de 5 mois et en plus une grossesse difficile car je suis diabétique avec 5 piqûres douloureuses d’insulines par jour, le père m’écrit des textos pour ce donner bonne conscience et sa famille n’a jamais été au courant que j’existais ainsi que bébé, je suis seule face à ma grossesse et je le vis difficilement , je croyais à une famille mais je n’aurais rien de tout ça même après mon ex vie de violence conjugale, alors je me rassure dans ton malheur que je ne suis pas seule face à tout ça et que d’autres femmes on vécu les difficultés des hommes sois violents soi inexistant. Merci pour ton temoignage

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  2. lilou at |

    Bonjour,

    pour ma part je me demandais si je devais faire qqchose pour qu’il reconnaisse notre enfant mais plus ca va plus je me dis que c’est mieux de s’éloigner.

    par contre je n’ai pas compris pourquoi ton nouveau compagnon n’a pas pu l’adopter ?

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  3. Lou at |

    A Lilou : le nouveau compagnon n’a pas pu adopter le fils de sa compagne probablement car le bambin était reconnu par son père biologique : il n’était donc pas « sans père ». On ne peut pas adopter un enfant qui a déjà des parents.
    Je crois qu’il existe de nouveaux droits pour les hommes qui élèvent un enfant qui n’est pas leur enfant biologique et qui ont été reconnus (voire éduqués) par un autre père.

    Pour ma part, le père biologique de ma fille a reconnu son enfant en second : ainsi, notre fille portait mon nom et je n’étais pas obligée d’obtenir l’autorisation de son père pour des activités sportives, des sorties du territoire etc. C’est une assistante sociale de l’époque (en 1979) qui nous avait conseillé de faire reconnaitre l’enfant en premier par la mère et en second par le père, car nous n’étions pas mariés et très jeunes (19 et 21 ans) et qu’elle envisageait, vu notre situation très précaire, que nous ne resterions pas forcément ensemble longtemps. Elle avait raison.

    Conséquences diverses :
    Les bonnes : l’enfant étant reconnu par son père, j’ai cultivé des relations cordiales avec les grands parents paternels qui se sont occupés de leur petite fille très affectueusement malgré la disparition presque totale du père jusqu’à la fin de sa vie (sdf jusqu’à l’âge de 59 ans). Vacances à la mer, grandes tablées de Noël en famille, une ribambelle de cousins et cousines, les tatas et les tontons, les potes du grand-père et les histoires de famille, c’est très important pour l’équilibre d’un enfant et d’un futur adulte. Ma fille a en outre la chance d’avoir été aidée financièrement (participation à l’achat d’un appartement, don de voiture…) par son grand-père qui est un homme généreux qui fait des donations égales à ses petits-enfants.
    Les moins bonnes : comme j’ai privilégié les relations avec les grands parents, j’ai refusé de porter plainte ou faire faire des recherches du père pour obtenir des allocations auxquelles j’avais droit à l’époque à condition de faire rechercher le père. Inutile de préciser que j’ai fait une croix sur une éventuelle « pension alimentaire » pour ma fille. J’ai donc bien galéré financièrement pendant des années, quasiment sans allocations. Une vie (études longues et abonnement à Pole Emploi) en mode système D.

    Autres : l’absence de relation avec son père est une béance dans la vie de ma fille. Nous n’avons pas de bonnes relations depuis ses 16 ans (séparation, elle dans un lycée pensionnat, moi départ à l’étranger pour mon travail car je n’en trouvais jamais en France et j’ai fait de très longues études pour pouvoir travailler, gagner enfin ma vie, mais elle n’a pas voulu venir avec moi), nous n’avons d’ailleurs quasiment pas de relations. Je l’aimais énormément et je l’ai beaucoup protégée (maintiens des liens familiaux, fréquentations diverses pour que je ne sois pas sa seule « référence », financement d’un séjour d’un an aux usa après son bac dans une famille qui est devenue une 2e famille…) et aidée (financement de ses études 2 années de fac + 3 années de professionnalisation ; donations très conséquentes pour l’aider à financer son appartement parisien), ma hantise était qu’elle se retrouve dans la même situation que moi, solitude et galère, mais notre vie n’était pas simple car je déménageais très souvent à cause de ma situation financière mais aussi de mes échecs amoureux successifs, et ma fille s’est fabriqué un personnage maternel monstrueux pour pouvoir le détester. Probable corollaire de l’idéalisation de son père absent et disparu. Maintenant elle m’est presque étrangère et je ne ressens plus d’affection pour elle, je ne la vois plus que brièvement tous les saint-glinglin (2 ou 3 ans) sans vrai plaisir, elle est d’ailleurs agressive avec moi et me fait pleurer à chaque fois par son mépris et son agressivité, elle ment beaucoup et manipule énormément, je ne dis rien car elle me fait peur… Du coup je préfère éviter les rencontres. Elle m’a proposé de venir à Noel, je n’ai pas répondu, j’ai peur d’elle.
    Je m’occupe d’enfants de mon immeuble dont les grands parents sont à l’étranger et d’une autre culture que moi, je suis un peu leur mamy-confidences, leur mamy-devoirs, leur mamy-toutes activités et leur « mamy-française » qui raconte des histoires bizarres quand ils me posent des questions car je n’ai pas eu la même vie que les femmes de leur famille.

    Je ne conseillerais à personne de « faire un enfant toute seule ». Vraiment pas.
    Mais quand l’enfant est là, il est là. Il faut l’aimer. Et tout faire pour que sa vie ne soit pas une suite d’obstacles.
    Bonne chance à toutes.

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  4. LISA LIVUILLERMOZ at |

    Bonjour

    Ce qui vous a vécu m’a beaucoup marqué:
    ma soeur a connu comme vous la violence conjugale. Elle a quitté son mari et a fondé une famille avec une personne de bien. Son compagnon a adopté mon neuve. Du coup je ne comprends pas pourquoi votre nouveau compagnon n’a pas pu adopter votre fis.
    Vous êtes une femme brillante et formidable
    et dans quel domaine vous travaillez?

    souhaitez discuter avec vous .

    Bien a vous

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